La vie en periphérie

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La vie en periphérie

Message par chama le Mer 14 Mai - 13:39

La vie en banlieue

J’habitais dans un studio au centre ville
et en 1980 j’ai acquis un appartement dans
un quartier périphérique flambant neuf.
étant de nature renfermé j’ai limité mes
contacts a deux individus que j’appellerai
par des pseudonymes de valeur fictive.
L'un, ce sera Mr Merluche, individu sérieux,
dynamique, courageux, toujours propre habillé
d’ un éternel costume bleu et cravate. La
tête pleine a craquer, dévoué, il se dépense
sans limite pour mériter dignement le salaire
de petit fonctionnaire, poste qu'il a obtenu
après des années de sacrifice !........ Vous
avez maintenant compris pourquoi le nom de Mr
Mérinos lui irait a merveille, mais gardons
celui de Merluche. Mon deuxième ami, ce sera
Mr Maringouin, analphabète, malin, miteux et
dédaigneux.Détritus parmi les détritus,un os,
entrepreneur indépendant dont l'entreprise
est basée sur une boite a usages multiples,
tantôt caisse d'outillage, tantôt support de
pieds, chaise ou encore oreiller de nuit, et
un décrotteur a moitié abîmé. Homme misérable
je salue ton courage.Comment peut-on imaginer
une société sans toi !...Vous avez deviné que
Mon deuxième ami est cireur !
Deux années se sont écoulées. Des épiciers,
boulangers, laiteries, marchands de légumes, et
vendeurs ambulants ont fait leur apparition
dans le quartier avec tous les avantages et
inconvénients qui les accompagnent.
Des déchets, rebuts, cartons, plastiques et
mouches de différents gabarits constituent
actuellement notre microcosme. Puis la benne
collectrice de détritus fait son apparition
apportant sa collaboration sous forme de jus
concentré et nauséabonde issu de l'écrasement
des collectes par son système mécanique hors
d'usage…………………… Une odeur puante et des nuées
de moustiques constituent actuellement notre
permanent et quotidien lot d'oxygène.Beaucoup
de nos voisins ont acquit leur logement a la
manière d'un cadeau de la société qui les
emploie se sentent mal a l'aise dans ce
milieu de bâtiments en dur. Dans la majorité,
nos voisins, émanent de quartiers pauvres et
de bidonvilles et se trouvent injectés en
plein milieu d'employés ou cadres de sociétés
fonctionnaires publiques et semi publiques. A
ces gens, il manquait un élément capitale et
usuel pour les rassurer, nés en baraquements
de tôles ou quittant la campagne et trouvant
refuge depuis longtemps dans des bidonvilles
ne peuvent se sentir a l'aise et rassurés
sans ces petites choses auxquelles ils sont
habitués tel que le grincement des tôles sous
le vent ou le bêlement d'ovins. Ces genres de
matériaux commençaient alors a faire leur
apparition dans nos balcons, les passages et
les toits. Cela rassure une minorité mais la
majorité voit leur rêve d'avoir un logement
décent partir en fumée !Et,puisque un malheur
ne se présente jamais seul, un escadron de
femmes et garçons professionnels et ponctuels
font le va et vient chaque jour a partir de
six heures du matin,chacun ou chacune criant
ou chantant un air absurde qui lui est bien
distinct ,demandant le pain sec, denrée très
prisée,des vêtements, ou tout autres choses.
Ici,pas de soucis de manquer le travail faute
d'avoir oublié d’activer le réveil, d'autres
se chargeront de manière tout a fait bénévole
de ce travail. La semaine qui suit les fêtes
religieuses, ces contingents de mendiants ne
s'interrompent jamais. Puis……… les cérémonies
de mariage qui sévissent du vendredi au lundi
avec des défilés de charrettes escortées par
des crieurs, batteurs investis en musiciens
font la navette entre les ruelles emmenant de
maigres cadeaux aux mariés. Quelquefois tant
de bruits pour un litre de lait et un sac de
farine ou seulement le pantalon tachée de la
mariée. Si je regrette d'avoir quitté mon
studio en centre ville, j'ai tout de même pu
découvrir un trésor de choses incroyables………
Qu'advient-il de mes deux amis ?
Mr Marluche dispose maintenant de sa petite
voiture, ce qui lui a rendu sa dignité jadis
bafouée dans des bus de transport qui sont
perpétuellement surchargés , non ponctuels et
le contraignent aussi souvent a payer la dîme
aux voleurs. Le comble a été atteint le jour
où,des chiens se sont accaparés du chemin que
Mr Marluche emprunte habituellement chaque
matin a l'aube pour rejoindre son pseudo -bus
Même le fait de voir ses élèves rouler en de
jolies limousines de l'état n'a pas fléchi sa
volonté de poursuivre son oeuvre.
Mr Maringouin a lui aussi progressé.
Deux années lui ont été nécessaires pour se
rendre compte,que du pied a pied ne lui sera
d'aucun secours. Les gens se soucient peu de
l'état de leurs chaussures,leur seul soucis,
consommer travailler,payer les crédits,faire
des enfants.L'avenir disent-ils appartient a
ceux qui en ont beaucoup ! Ici le problème
d'espace ne fait pas défaut. Les rues sont
larges et absorberont l'ensemble. Les jeunes
et ceux qui ne le sont pas ne rejoignent le
"nid" que pour dormir.Quatre vingt pour cent
du domicile est meublé,entretenu et mis sous
clé pour la réception une fois par an de la
famille rurale.Ainsi ,on soigne son image de
marque auprès de cette population qui,a leur
tour, se chargeront de lui garantir une
publicité hors normes de façon tout a fait
gratuite.Le petit ouvrier croulant sous les
problèmes sociaux de la ville,de ses enfants
délinquants et mensualités de crédit étalées
sur la durée de vie normale de l'humain peut
trouver tout de même pour une courte durée
un royaume. Ici,en campagne les gens ne con-
-naissent de lui que du faste. Il est donc
reçu en prince, invité partout, est toujours
le bienvenu, lui-même oubliant tout ce qui
peut altérer ou trahir son état.
(suite) ………………On oublie
donc la ville et ses exigences pour cette
courte durée. Mr Maringouin le malin, a donc
pu en deux ans, dresser une carte véridique
de son entourage. En stratège, il aborde la
vie quotidienne a la manière dont il peut
tirer le maximum de profit.
Il fait appel encore cette fois a sa
contrée rurale en vue de recruter un manager
pour son entreprise. Un cadeau inestimable
pour l'un et l'autre. Très vite, le nouveau
venu acquiert l'art de manier la brosse et
l'exécution des différents gestes rythmées
qui accompagne le métier de cireur urbain.
Le démissionnaire passe a la réalisation de
de son nouveau projet.
Il s'approprie une belle charrette,achète un
âne et divers accessoires et devint marchand
ambulant de pomme de terre.Malin Maringouin!
cette denrée est très prisée dans ce
secteur connue par le nombre élevé de ses
progénitures désobéissant par nature ou
principes aux réductions de naissance.
Nos rencontres, se font au café ,chaque
dimanche soir.Mr Marluche s'enfonce de plus
en plus dans les problèmes familiales et
sociales, le transport, l'habillement et la
scolarisation de ses enfants ne cessent de
s'amplifier et,……… il a été contraint de
troquer sa voiture contre une mobylette.
La voiture du citoyen dit-il. Quand a Mr
Maringoin il devient de plus en plus riche.
Il se plaît d'ailleurs a étaler son avoir en
publique.Pour payer son café il n'hésite pas
a étaler le contenu de sa bourse, des
dizaines de billets froissés et sales, ce
qui fait dire a Mr Marluche qu'il aurait du
choisir le "commerce" plutôt que la fonction
Cependant, malgré sa richesse, Mr Maringouin
génère en permanence quelque chose que son
ami ne peut tolérer ou supporter. Une odeur
spéciale que Mr Marluche n'a pas pu oublier
depuis l'enfance...Une odeur caractéristique
de l'âne devenue familièrement le parfum du
marchand ambulant.On s'habitue vite en effet
on s'adapte, on s'intègre a son milieu et on
oublie le reste.
Dix ans se sont écoulés maintenant.Mr
Maringouin a fait des progrès considérables
au niveau intellectuel et social. Il changea
de nom pour commencer, devint Mr Margotin
subit une épuration,puis une aurification,Il
solde le baudet et ses accessoires devenus
une chose horrible pour lui. Se fabrique un
éponyme,s'érige en autre modèle de citoyen,
devient allègre et par une sorte de magie
déviatrice se procure un emploi lui assurant
une grande cavalcade au détriment de ses
semblables. Il devint chef de quartier ……………
Il a pu par malice, acquérir la technique
suprême dans l'organisation des battues,
l'adultération des textes, la prolifération
des promesses alléchantes et la toute
dernière découverte soit la pratique de
l'alléluia sous un masque apparemment noble
et valide auprès d'une certaine population.
Mr Maringouin devenu donc Mr Margotin trouve
un moyen efficace pour décupler ses biens.
Il est loin le temps du décrottoir du cireur
et celui du nauséabonde âne et des unités de
poids qu'il faut chaque jours improviser
soit des pierres ou des pastèques et jamais
de kilogrammes certifiés. Dans son nouveau
il a affaire a un quartier surpeuplé et sal
mais tout laisse deviner son origine , il
y a seulement quelques années passait pour
modèle en son genre. Là, Mr Margotin trouve
son idéal. On transforme les espaces verts,
les passages, les coins, les trottoirs, les
balcons et même les escaliers en baraques.
Deux années ont suffit pour brader le tout
et transformer le lotissement en bidonville
surplombant les édifices et enclos craquant
sous les tôles ondulées et gémissantes sous
les coups de vents et les débris de verts
jouant ici le rôle de barbelées.
Une étrange musique de cris de poussins,
dindons et moutons jaillit maintenant de cet
assemblage faisant le bonheur de ceux qui
n'ont pas pu s'intégrer au mode de vie du
quartier original……………… Maintenant, ils sont
satisfaits,heureux. Les géniteurs ont acquit
de l'espace et Mr Margotin la richesse et
la noblesse.
Les résidants qui sont d'origine citadine et
qui croyaient avoir enfin pu disposer d'une
maison pour eux et leur famille, voient leur
rêve partir en fumée. Incapables de rétablir
l'ordre face a un Margotin de plus en plus
puissant,se voient contraints de solder ce
qui était leur belle résidence de jadis et
quittent les lieux.
Mr Marluche lui, a remplacé sa voiture par
une moto puis cette moto par une bicyclette
et enfin céde cette dernière pour subvenir
aux besoins de ses enfants,……… maintenant
retraité, et, utilise ses moyens naturels et
apparemment infaillibles pour se déplacer………
soit ses jambes.
Ces enfants ont acquit un niveau appréciable
en étude,de grands diplômes.Mais Mr Marluche
garde encore tous ses enfants a la maison,
non pas parce qu'il a peur de les laisser
travailler et fonder leur famille et avenir,
mais parce que malgré plusieurs centaines de
tentatives de s'enrôler quelque part et
trouver une activité même quelconque, sont
restées vaines. Mr Marluche ne sent pas pour
autant qu'il a raté sa vie……
Il lui arrive de croiser Mr Margotin roulant
en voiture, cravate, lunette et stylo en
petite pochette ou l'apercevoir léchant les
sabots de bayadères, mais cela ne le dérange
en rien,malgré que de temps en temps, au vu
de ses sacrifices perdus et ses enfants
chômeurs a l'impression d'être une cocotte
minute sous un feu de fonderie! J'avais dit
que Mr Marluche est du genre de ceux qui
tiennent les cornes de la vache afin de
permettre a ceux du genre de Mr Margotin de
la traire efficacement……

chama
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